
Summary: le 24 septembre 2008, New York - Intervention par Louis Michel, Commissaire européen en charge du Développement et de l'Aide humanitaire, "Les OMD et l'initiative européenne de recherche pour le développement" Nations Unies Side Event: Présentation du document de recherche de l'UE sur les Objectifs du Millénaire
Monsieur Bourguignon,
Mesdames et messieurs les Ministres et chefs de délégation,
Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et messieurs,
J'aimerais tout d'abord vous souhaiter la bienvenue à cet événement organisé par la Commission européenne. Le but est dans un premier temps de vous présenter le document de recherche de l'Union Européenne sur les objectifs du Millénaire. Les conclusions et les recommandations de cette étude conduite par le Professeur Bourguignon pourront certainement inspirer un débat utile. Cette étude est toute fraîche, elle vient d'être publiée vendredi dernier à Bruxelles.
Avant de passer la parole au Professeur Bourguignon, je voudrais esquisser quelques éléments de réflexion qui peuvent être utiles également comme clés de lecture de ce rapport.
Ma première réflexion porte sur la nature de la politique de développement.
La politique de développement, et la politique de développement européenne en particulier, va bien au-delà des traditionnelles relations nord-sud. Le but de cette politique est de proposer une réponse européenne ambitieuse à la mondialisation.
Je veux être clair: à mes yeux, le développement ne consiste pas simplement à dépenser de l'argent, à fournir de l'aide ou à mettre en œuvre des projets ou des programmes.
Dans un monde globalisé, la politique de développement est confrontée à un nouvel environnement avec davantage d'opportunités, de risques, mais aussi de responsabilités. Le développement n'est donc en rien l'institutionnalisation de la charité.
Le développement est au cœur de l'action extérieure de l'UE. Il repose sur des valeurs qui en sont le fondement même: la paix, la solidarité, l'État de droit et les droits de l'homme, le respect mutuel. Le développement a pour objectif de diffuser ces valeurs et de les partager.
La politique de développement est axée sur la recherche de la stabilité politique, de la prospérité économique et de la solidarité. Il s'agit donc d'une politique de valeurs, mais également d'une politique d'influence et d'intérêts. Après tout, il est dans notre intérêt à tous d'avoir, de par le monde, des partenaires stables et pacifiques, des alliés politiques dignes de confiance et des clients prospères… Investir dans le développement, c'est aussi investir dans notre avenir.
Aujourd'hui, le développement est fondamentalement politique.
Ma deuxième réflexion porte sur la responsabilité des uns et des autres dans le développement.
Malheureusement aujourd'hui, tous les rapports convergent. Le niveau d'achèvement des objectifs du millénaire est largement en-deca des attentes. Cette situation est alarmante.
Pourtant la vision existe, les Objectifs du Millénaire en sont la parfaite illustration.
Pourtant également nous savons aussi ce qu'il faut faire: volume de l'aide, efficacité de l'aide.
Pourtant enfin, nous ne le faisons pas assez.
Et quand je dis «nous», j'entends bien sur les donateurs mais j'entends également les pays en voie de développement eux-mêmes. Leur engagement est fondamental. Je mesure parfaitement le rôle et la responsabilité éthique du monde industrialise et riche. Mais nous ne pouvons pas non plus ignorer l'influence décisive des politiques internes des pays partenaires.
Je ne dis pas cela pour minimiser le rôle de la communauté internationale et, notamment, des donateurs. Ils doivent honorer leurs engagements en ce qui concerne les volumes d'aide et les réformes nécessaires pour améliorer l'efficacité de l'aide. Des efforts pour stimuler la cohérence des politiques sont aussi essentiels pour accélérer les progrès, et j'ai noté l'accent mis sur ce point dans le document de recherche dont nous débattrons aujourd'hui.
Vous le savez, l'Europe est engagée sur tous ces fronts. Ces engagements sont au cœur du Consensus européen sur le développement adopté en 2005 et ont été re-confirmés par l'Europe en juin de cette année.
Ma troisième réflexion enfin, porte sur la réponse à apporter.
Face au retard constaté dans l'achèvement des Objectifs du Millénaire, il faut une réponse immédiate à impact rapide. A mi-parcours entre l'adoption de la Déclaration du Millénaire et de l'échéance fixée pour les OMD, ces Objectifs doivent plus que jamais rester une priorité.
C'est pourquoi les chefs d'Etat et de Gouvernement de l'Union Européenne ont élaboré un agenda d'action. Cet Agenda d'action a été élaboré sur la base notamment des travaux du Groupe de Pilotage à Haut Niveau constitué à l'initiative du Secrétaire général des Nations Unies pour les OMD en Afrique. Concrètement, cet Agenda identifie un certain nombre d'objectifs intermédiaires à l'horizon 2010 en vue de la réalisation des OMD d'ici à 2015. Il identifie ensuite des exemples d'actions
sectorielles que l'Union compte entreprendre afin d'atteindre ces cibles intermédiaires, ainsi que des évaluations chiffrées de ce que cela impliquerait en termes d'augmentation du volume de l'aide européenne dans ces différents secteurs. Ceci signifie par exemple, que dans le domaine de la santé, l'Union Européenne accroîtrait de 8 milliards d'euros ses financements, ce qui permettrait de contribuer à l'achat de 75 millions de moustiquaires, à sauver la vie de 4 millions d'enfants
chaque année, à assurer que 21 millions d'accouchements soient réalisés par du personnel qualifié etc… De même dans l'éducation, l'Union accroîtrait de 4,3 milliards d'euros ses financements en 2010, contribuant ainsi à l'accès de 25 millions d'enfants à l'école primaire et au recrutement et à la formation de 6 millions d'enseignants supplémentaires.
Mesdames, Messieurs,
L'approche européenne des questions globales telles que les Objectifs du Millénaire est complète, ambitieuse et de long-terme.
Elle est le fruit d'un engagement politique des leaders européens, mais elle est également le fruit de travaux de chercheurs européens.
Néanmoins, je suis bien obligé de faire le constat que cet effort de recherche européen n'est pas suffisamment mis en valeur. La marque de référence pour la recherche sur le développement possède généralement un logo Banque mondiale ou Nations Unies. Ces logos sont certes gage d'excellence, mais je vois certains risques dans une telle situation de domination totale.
Le premier risque c'est celui d'entretenir et de cautionner un monopole de la connaissance.
Le deuxième risque est celui de voir ces centres d'excellences présumer détenir toutes les "bonnes" réponses.
C'est pour réagir à cela que l'Union européenne a lancé il y a un an une initiative visant à mobiliser la recherche européenne sur les politiques de développement et à publier un rapport européen sur le développement.
Un premier document de recherche nous est soumis aujourd'hui. Il est le résultat d'une équipe d'intellectuels européens conduite par le Professeur François Bourguignon, directeur de l'Ecole d'Economie de Paris.
J'ai donc le plaisir maintenant d'inviter le Professeur François Bourguignon à présenter son travail d'analyse et les recommandations politiques qu'il en tire.
Les responsables politiques ont besoin des chercheurs pour opérer des choix politiques appropriés et je suis convaincu que ce travail nous aidera à faire progresser l'agenda européen et l'agenda international pour le développement.
Mesdames et messieurs, je vous remercie de votre attention.
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