Intervention au Forum Global pour l'Emploi (Genève)
Summary: 1er novembre 2001 : Intervention de Madame Laurette Onkelinx, Vice-Première Ministre et Ministre de l'Emploi de Belgique, au Forum Global pour l'Emploi, B.I.T. (Genève)
Monsieur le Secrétaire général,
Monsieur le Directeur général,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Délégués,
C'est un véritable honneur pour moi de pouvoir participer à ce premier Forum pour l'emploi auquel le Bureau international du travail a pu associer des personnalités internationales de tout premier plan, ce qui contribuera j'en suis persuadée, à enrichir notre réflexion commune sur l'emploi.
Je me réjouis également tout particulièrement que l'O.I.T. soit ainsi le cadre d'une nouvelle impulsion d'ordre mondial pour l'emploi qui est naturellement au coeur de sa mission.
Monsieur le Directeur général, permettez-moi de vous féliciter pour cette initiative que je viens appuyer en ma double qualité de Ministre belge de l'emploi et de Présidente du Conseil de l'emploi et de la protection sociale de l'Union européenne.
Les Gouvernements et les partenaires sociaux ne peuvent plus, dès lors que l'économie s'engage dans la voie de la globalisation, appréhender les problématiques de l'emploi dans une seule perspective nationale.
Aujourd'hui, plus aucun Etat n'est à l'abri des chocs conjoncturels internationaux et est concerné par les mouvements économiques de grandes ampleur.
Nous avons dès lors tous intérêt à favoriser l'émergence d'objectifs communs, à tirer parti des expériences positives des uns et des autres dès lors que des critères d'évaluation des performances aient pu être établis en commun. Surtout, nous avons à nous épauler pour orienter nos politiques vers des objectifs communs, vers une démarche plus cohérente, plus concertée et ce dans le souci de contribuer plus efficacement au développement social et à la réduction de la pauvreté.
Le problème de l'emploi est un enjeu du développement social et tous les Etats s'étaient accordés à Copenhague, en 1995, à ce sujet, n'est-ce pas Monsieur le Directeur général. (Le Premier Ministre Rasmussen vient à l'instant de la rappeler). Il n'y a pas de véritable développement social sans des politiques vigoureuses tendant au plein emploi et sans offrir la possibilité à tous les hommes et à toutes les femmes de subvenir à leurs besoins par un travail librement entrepris.
Or, depuis plusieurs semaines, un vent de pessimisme menace notre volonté commune : les perspectives de croissance diminuent à nouveau là où elles redevenaient prometteuses, des pans entiers de l'activité économique et de nombreuses industries affrontent des turbulences entraînant des restructurations et des licenciements massifs dans des proportions particulièrement importantes.
Comment pouvons-nous réagir avec sang-froid ?
Dans ce contexte affaibli, quel espoir réel ou crédible pouvons-nous ici, à Genève, au sein de l'OIT, adresser aux millions de sans-emplois, à tous ceux qui vivent dans la pauvreté et aux innombrables victimes des réajustements et des restructurations ?
Pour apporter notre contribution à une nouvelle impulsion politique mondiale en faveur de l'emploi, je voudrais vous faire part simplement et très modestement de trois convictions. La première porte sur ce que je considère être des urgences. La seconde concerne les effets de la stratégie européenne pour l'emploi dont des leçons peuvent être tirées. La troisième enfin porte sur le rôle de l'Organisation internationale du travail et les enjeux auxquels elle doit pouvoir
répondre.
Les urgences
Chacun a sans nul doute, sa propre vision des besoins urgents auxquels il faut pouvoir répondre en vue de permettre une redynamisation de la politique de l'emploi pour pouvoir répondre aux turbulences que nous connaissons..
Pour ma part, je souhaiterais profiter de cette tribune pour vous indiquer ce qui aux yeux de l'Union européenne constituent des priorités nécessitant des réponses urgentes.
- Première priorité qui rencontrera sans doute l'adhésion de tous : il est primordial d'apaiser les conflits et les guerres, si dévastateurs dans leurs conséquences économiques et sociales. Mais l'on ne peut pas se limiter à établir de constat sans s'attaquer aux causes de ces conflits et de ces guerres. J'estime qu'au delà de la nocivité de tous les fanatismes et de tous les extrémismes, les déséquilibres économiques et sociaux gigantesques que connaît notre planète constituent des facteurs
majeurs de déstabilisation.
Rappelons-nous que les 20% de la population la plus riche vivant dans les pays les plus développés, possèdent 86% du PIB. Cela n'est pas tolérable et il faut ardemment travailler pour combler ces profondes inégalités. Je suis convaincue que le monde doit pouvoir se doter d'un outil régulateur, d'une véritable instance politique et économique, en quelque sorte, un grand Conseil de sécurité économique et social au sein d'une Organisation des Nations-Unies réformée et remise au centre du jeu
mondial. L'actualité récente témoigne hélas de la nécessité absolue d'accorder tous nos efforts à cet objectif.
- Le développement des liens commerciaux entre les nations est une autre priorité. Je suis une fervente partisane d'un monde ouvert qui irait de pair avec une véritable politique mondiale de régulation. Prenons l'exemple de l'OMC, qui doit tenir sa quatrième Conférence ministérielle dans quelques jours à Doha. Ce matin même, j'ai eu l'occasion de rencontrer Mike MOORE, le Directeur général de L'OMC et je lui ai clairement dit que j'estime que la réussite de négociations commerciales est
conditionné par contribution significative au développement et au fait que les accords qui pourraient en résulter devraient impérativement avoir une dimension sociale et environnementale. En particulier, j'ai souligné que je considérais que dans le cadre de discussions à propos de la dimension sociale de la mondialisation, la mise en place d'un forum international multi-institutionnel, avec l'OIT en tête et avec la participation de l'OMC, était indispensable. C'est d'ailleurs la position qui
est toujours défendue actuellement par l'Union européenne.
- Ainsi que cela été affirmé à de nombreuses reprises dans cette enceinte, il faut en effet pouvoir miser sur la créativité et la capacité productive des travailleurs, même les plus pauvres, dans un environnement politique stable où peuvent s'appliquer les conventions fondamentales de l'O.I.T., notamment la non-discrimination dans l'emploi et la politique de l'emploi ainsi que les consultations tripartites, en faveur d'un emploi de plus en plus décent pour le plus grand nombre.
Il doit être possible de renforcer nos efforts pour rencontrer ces objectifs et pour trouver des nouveaux partenariats de financements de ceux-ci.
Une grande partie de l'opinion publique ne supporte plus de voir l'ampleur grandissante des mouvements spéculatifs alors que stagnent les possibilités d'emplois et le développement. Il faut s'atteler à affronter cette inéquité fondamentale sans doute au centre du désordre mondial. A cet égard, je tiens à affirmer mon soutien le plus total à l'initiative du Secrétaire général de l'ONU, Monsieur Koffi ANNAN, en ce qui concerne l'organisation de la Conférence mondiale sur le développement qui se
tiendra à Monterey en mars prochain.
- Augmenter la participation des femmes dans la vie économique et politique, dans la ligne de nombreuses résolutions des Nations-Unies. Leur assurer une rémunération égale à celle des hommes pour un même travail ou pour un travail de valeur égale Rendre leur vie professionnelle plus conciliable avec les charges familiales qui pèsent sur elles, sont tout autant de priorités auxquelles nous devons apporter des réponses sans délai .
- Il me paraît également indispensable de développer sans tarder des mesures visant à assurer la formation des travailleurs dans l'entreprise afin de permettre à ces travailleurs de pouvoir répondre aux nouvelles exigences de qualification et d'être ainsi mieux préparés aux contraintes du marché. Il nous faut en effet lutter contre le recours trop systématique aux licenciements massifs et pour le renforcement de la responsabilité sociale des entreprises. Il nous appartient tout autant, dans
le même ordre d'idées, d'encourager auprès de celles-ci, la créativité et l'initiative, d'autant plus à l'heure où les nouvelles technologies suscitent des mutations rapides et de nouveaux besoins.
La seconde conviction que je souhaiterais vous faire partager concerne les effets positifs de la stratégie européenne pour l'emploi
La participation de la Belgique à la stratégie européenne pour l'emploi m'amène à en tirer ici quelques enseignements utiles pour stimuler les réflexions de ce Forum.
Prenant appui sur le traité de l'Union européenne, cette stratégie prévoit que les gouvernements s'accordent annuellement sur quelques grands thèmes d'intérêt commun qui sont devenus des priorités politiques.
Il me paraît particulièrement important de souligner que cette stratégie s'inscrit dans le souci de se construire à partir d'une démarche volontariste des Etats membres et qu'il s'agit donc plus de créer des stimulants qui nous conduisent à progresser ensemble que de privilégier des modèles technocratiques inadaptés aux réalités de chacun ou qui n'intègrent pas les difficultés spécifiques des uns et des autres. Cette méthode me paraît être la plus constructive, l'entraide et le souci du
développement commun prenant le pas sur toute velléité de vouloir donner des leçons.
La stratégie, appliquée depuis bientôt 5 années- que je ne vais pas décrire en détail puisque le directeur de l'emploi de la Commission européenne aura l'occasion de la présenter -, est devenue crédible d'une part, parce que les axes d'intervention retenus se sont avérés pertinents en regard des problèmes communs vécus par les Etats membres et d'autre part, parce qu'elle s'appuie sur une méthode éprouvée de coopération, basée sur des plans d'action nationaux pour l'emploi évalués par les pairs
avec l'aide inappréciable de l'expertise indépendante d'une institution neutre: la Commission européenne.
Il n'a pas fallu d'autre réglementation que le traité pour soumettre les gouvernements à une discipline qui valorise les progrès et les efforts, qui affine les politiques et qui maintient une pression vers plus de convergence.
La Belgique a l'honneur de présider en ce moment l'Union européenne et souhaite pendant sa Présidence apporter des accents particuliers à cette stratégie et ce notamment à l'occasion de la discussion d'un nouvel ensemble de propositions de la Commission européenne pour 2002 :
- C'est ainsi que nous avons la volonté de rendre encore plus crédibles et ciblées les recommandations politiques adressées aux Etats, dans la foulée des Grandes orientations de la politique économique convenues par ailleurs ;
- Il nous paraît également important de ne pas se limiter à des objectifs quantitatifs en matière d'emploi, même si ces objectifs restent nécessaires pour certains Etats membres. Il faut en effet aussi se préoccuper de la qualité des emplois qui sont visés par la stratégie européenne. A cette fin il faut que nous puissions nous fixer des exigences plus précises et des indicateurs pertinents pour pouvoir mesurer les progrès des politiques que nous développons. Cette préoccupation pour la
qualité de l'emploi rejoint à l'évidence les objectifs du Directeur général en matière de travail décent et je ne peux que me réjouir de ces stratégies convergentes.
- Par ailleurs, nous avons la volonté de stimuler plus encore l'application des mesures et orientations destinées à réaliser l'égalité des chances entre hommes et femmes dans le monde du travail et à organiser de meilleurs emplois pour les femmes. Ces mesures se sont avérées moins bien observées ou illustrées dans les plans nationaux au détriment de l'échange des bonnes pratiques en la matière.
- Nous estimons enfin qu'il faut encourager une meilleure implication des partenaires sociaux dans la conception, l'application et l'évaluation des politiques menées en matière de dialogue social et ce afin d'aboutir à une plus grande adhésion à la stratégie européenne de l'emploi.
J'en resterai là en ce qui concerne la politique menée par l'Union européenne en espérant à titre personnel et très modestement, que les quelques axes de cette politique que j'ai tenus à souligner contribueront à enrichir les travaux de ce Forum.
Ma troisième conviction concerne le rôle de notre organisation et les enjeux auxquels je pense qu'il faudra qu'elle puisse répondre.
Il est de bon ton, parfois, de se plaindre des insuffisances de l'OIT ou de son manque d'efficacité. Sur l'emploi, il est évident qu'elle a à réintervenir et j'attends d'elle un niveau d'ambition comparable au succès de la Déclaration de 1998 et de son mécanisme de suivi des conventions fondamentales. Je suis dès lors preneuse en conséquence, à la lumière des mérites de la stratégie européenne pour l'emploi, d'une organisation de ses travaux qui puisse :
- D'abord, aboutir à quelques objectifs réalistes convenus avec l'accord de tous les membres, dans le respect en particulier des objectifs de la convention n°122 (politique de l'emploi) et des conventions internationales du travail qui font l'objet du suivi au titre de la Déclaration de 1988.
- Une plate-forme d'appui à ces objectifs devrait être créée dans le cadre d'une « alliance stratégique » entre le BIT et d'autres Organisations internationales et Agences en mesure d'intervenir, tels les banques de développement, mondiale et régionales, et le PNUD. Dans le même sens et comme j'ai déjà eu l'occasion de le souligner à cette tribune par le passé, il me paraît indispensable de donner une assise institutionnelle à une concertation entre l'ensemble des institutions et agences
internationales.
- Une évaluation périodique - tous les 2 ou 3 ans- de la pertinence et de l'efficacité de la plate-forme devrait être prévue et ce sur base de rapports régionaux, de la mise en évidence de bonnes pratiques nationales et d'une expertise indépendante. Le rythme de travail ainsi imprimé devrait permettre de réajuster périodiquement les stratégies et de remobiliser les énergies si nécessaire.
- L'Organisation devrait assurer une plus grande valorisation de l'agenda de la commission pour l'emploi et de la politique sociale du conseil d'administration, qui devrait par ailleurs entretenir le dialogue entre les membres de façon plus créative sur des enjeux concrets et particulièrement d'actualité comme par exemple le respect par les entreprises multinationales de la déclaration tripartite sur la politique sociale, les alternatives aux licenciements massifs, les politiques de
formation, la contribution des politiques d'emploi à la lutte contre la pauvreté.
- Je pense qu'il serait aussi utile d'organiser parallèlement des Forums intermédiaires pour l'emploi au niveau régional, pour l'Asie, l'Afrique, l'Europe, les Amériques, et ce à l'initiative du Bureau, avec l'appui financier de contributions extra-budgétaires de nos membres ou d'autres partenaires intéressés. Ces Forums devraient permettre le réajustement des efforts des membres dans le contexte de leur région.
- A l'échelle de l'Europe, je pense qu'une contribution plus organisée du BIT au développement du dialogue social et aux programmes de création d'emplois pourrait être envisagée. Je suis en tous les cas disposée à soutenir cette perspective qui serait également j'en suis persuadée, appuyée par plusieurs pays de l'Union européenne.
Monsieur le Directeur général,
je ne doute pas, pour conclure, que ce Forum sera d'un grand apport pour la politique mondiale de l'emploi, pour le renforcement institutionnel de l'OIT et la stimulation de ses capacités d'intervention. La composition tripartite demeure un atout exceptionnel. J'ai noté les initiatives que vous venez de prendre face aux secteurs du tourisme et de l'aviation ; je vois là des exemples de forme d'intervention qu'il faut pouvoir soutenir à l'heure où il est indispensable d'aider tous les membres
dans un contexte de crise ou de grande difficulté.
Si nous semblons à nouveau confrontés à un climat mondial morose, j'ai souhaité, j'ai souhaité, mesdames et messieurs, souligner que notre organisation avec l'ensemble de ses membres possède des atouts et doit être porteuse d'espoirs, tel doit être le sens de notre présence ici, à l'OIT à qui, pour terminer je souhaite réitérer ma pleine confiance.
Je vous remercie.
- Ref: PRES01-284FR
- EU source: EU Presidency
- UN forum: Other
- Date: 1/11/2001
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